J’avais déjà parlé de Piotr Nalitch et de son clip Gitar. Après l’avoir découvert, la curiosité m’a poussé à me laisser guider par YouTube. Du coup, j’ai atterri principalement sur des enregistrements de concerts. Beaucoup en amateurs filmés depuis la salle, à la qualité pas des meilleures. Mais je suis aussi tombée sur des enregistrements pros d’un concert donné au B1 et à IKRA (des clubs de Moscou). J’ai dû passer une bonne après-midi à virevolter d’une vidéo à une autre en découvrant la quantité non négligeable de chansons que Nalitch avait à son actif.

Mais ce qui étonne surtout, c’est le mélange des genres musicaux. Il y en a vraiment pour tous les goûts. Et dans un paquet de langues aussi, vu qu’il a des chansons en russe, anglais, français, italien et serbe. D’ailleurs, en parlant de langues, Guitar était chantée dans un anglais pas forcément cassé, mais en tout cas avec un très fort accent, presque exagéré, je dirais. Et c’est peut-être cet accent qui fait la marque de fabrique de Nalitch. Interrogé sur cet accent, il s’est contenté de répondre qu’un Russe qui chante en anglais va forcément avoir un accent, des mots sur lesquels il va buter. D’ailleurs un paquet de groupes russes chantent en anglais (les t.A.T.u étant les seules à avoir réussi à se faire connaitre à l’étranger). Mais – toujours d’après lui – cette imitation de la prononciation anglaise sonne bizarrement, donne un côté gauche à la chose. Donc si on suppose qu’il y aura un accent, autant ne pas s’en embarrasser et chanter comme ça vient.
Les paroles, elles, ne volent pas forcément haut. Mais il a choisi dès le départ d’adopter un ton humoristique. Il est là où ne l’attend pas. Bon, forcément, je parle surtout de la partie russe, celle que je comprends le mieux. Parce que comprendre l’anglais à travers l’accent n’est pas forcément évident. Mais ça a aussi de bons côtés. A chaque fois, on découvre quelque chose qu’on n’avait pas saisi la fois d’avant, un mot qui éclaire soudain le sens de la phrase. En fait, ça m’a donné l’impression de retourner quelques années en arrière où j’avais besoin de chercher davantage avant de saisir le sens d’une phrase en anglais. Et, bizarrement, j’ai adoré ça.

Piotr Nalitch s’est fait connaitre par ce clip balancé sur YouTube. Et c’est finalement sans aucun producteur qu’il a réussi à se faire une place, seulement grâce au bouche à oreille de l’Internet. Juste retour des choses – toutes ses chansons sont disponibles en téléchargement libre sur son site, autant celles de l’album sorti en 2008 dans le commerce que celles du live au B1. A une époque où – en France tout du moins – on polémique beaucoup sur la rémunération des artistes, sur le fait que le téléchargement nuit aux Maisons de Disques, je trouve que ça démontre bien qu’Internet peut justement être mis à profit plutôt que d’être tourné en bête noire. S’il avait tenté le parcours classique pour se faire connaitre, ça n’aurait strictement rien donné avec ce type de chansons. Ce n’est pas pour rien que la plupart des radios les ont qualifiées de « non standard ».
Son site propose même le torrent pour télécharger la version DVD du fameux live. Tiens, parlons-en d’ailleurs de ce live. En Russie, les chanteurs reconnus ont pris la sale habitude de chanter en play-back. Alors, certes, c’est joli, mais c’est surtout terriblement prévisible. En regardant ce live, j’ai été soufflée. Et j’ai enfin compris ce que j’aime tant dans sa musique.
C’est le fait qu’il s’amuse. Il chante avec le sourire et se donne à fond. Dans ses chansons, on peut reprocher aux paroles d’être simplistes (même si ce n’est pas forcément vrai à tous les coups), mais on ne peut pas leur enlever le fait qu’elles sont absolument fabuleuses tant au niveau de la musique que de l’interprétation et surtout de la voix.

Pour partir dans les extrêmes, prenons l’exemple de la chanson Yeti. En lisant les paroles, elle parait d’une simplicité infantine – deux malheureux couplets et un refrain. Mais j’ai eu beau l’écouter un paquet de fois, je ne suis pas arrivée à fixer l’enchainement dans mon esprit. J’ai beau connaitre les paroles, les répéter est un tour de force. Mais si on veut partir encore plus dans les extrêmes, nous avons la chanson Patiritilap annoncée lors de ce concert comme une « composition semi-instrumentale ». Et là, ce n’est qu’une suite de « tirgidam » à une allure de course. Aucune parole donc, juste un accompagnement de la musique, une manière de l’appuyer.
Mais poussons encore un peu les limites d’Internet et on se retrouve avec un « Concert Online » qui a eu lieu hier. Du direct retransmis sur un canal de RuTube avec des chansons entrecoupées de questions. Bon, honnêtement, c’est la première fois que j’assistais à une événement pareil. Et je trouve que c’est une chose que tous les chanteurs devraient faire au moins une fois dans leur carrière – chanter dans leur salon devant des milliers de fans planqués derrière leurs écrans. On l’aura compris, j’ai trouvé cette idée absolument fabuleuse.

Ce « concert » a duré une heure et quart et a donné lieu à une vingtaine de chansons. Parmi elles, les inévitables comme Datcha, Gitar, 1solodowhisky (juste OO), Tchaïki, More, Outki-Indoutki (dont la fin résonne encore dans mes tympans). Mais aussi quelques chansons cosaques et tsiganes. Des romances également. Le tout avec quelques musiciens et un accordéon voyageur. Cette heure et quart, je ne l’ai pas vue passer.
Juste un regret – que ça n’ait pas duré plus longtemps ^^
L’album « Radost’ Prostykh Melodiï » (cliquez sur la mûre en bas à droite pour l’album complet)
Mais owoooow quoi ! Enfin love, enfin… Je suis à court de mots. Tu as tout dit ce que je pensais comme je le pensais. <3
Huhu, comme quoi y a de la place pour les artistes « non standards ». Faut dire que c’est bien plus sympa que toutes les m***** que nous sortent les grandes maisons de disque sans arrêt. Gloire à Piotr Nalitch \o/